Où sont les femmes ? Parité : l’illusion statistique, l’échec politique
- 1 avr.
- 2 min de lecture
Agnès Le Brun estime qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir, en France, pour parvenir à la parité à la tête des collectivités.
Connaissez-vous la vieille devinette ? « Quel est le féminin de candidat ? Candidate ? Pas du tout : suppléante ! » Pourtant, la loi a tranché : la parité s’impose. Sur le papier, la promesse est tenue. Dans les conseils municipaux, les femmes sont là, à égalité, ou presque.
Mais, à y regarder de plus près, en ce lendemain d’élections, une autre réalité s’impose, plus rugueuse : celle d’un pouvoir qui, lui, reste obstinément masculin puisque 77 % des maires sont des hommes. Triste constat : la parité obligatoire a fait entrer les femmes dans les assemblées. Elle ne les a pas installées à leur tête. On féminise les bancs, pas les fonctions.
Ce paradoxe n’est pas un accident. Il est le symptôme d’un angle mort des politiques publiques en matière d’égalité. Les exécutifs locaux – mairies en tête – demeurent des lieux de pouvoir fortement personnalisés, structurés par des réseaux, des codes et des habitudes qui continuent de favoriser les mêmes profils. Il faut avoir l’honnêteté de le dire : les règles du jeu n’ont pas en réalité changé. Elles ont simplement été contournées.
Non pas parce que les femmes manqueraient de compétences et de pugnacité – l’argument est depuis longtemps disqualifié – mais parce que ce modèle d’engagement reste défavorable à celles qui assument encore, dans la société, une part disproportionnée de charge mentale et de contraintes familiales et domestiques. Or, l’exercice de la fonction de maire, ce n’est pas seulement une responsabilité publique. C’est accepter un mode de vie, une disponibilité permanente et une exposition constante, souvent brutale, une capacité aussi à supporter la conflictualité, parfois la violence, qui n’a cessé de croître, ces dernières années. C’est là que l’inégalité réapparaît.
Parce que la violence politique touche différemment. Parce que les parcours d’accès au pouvoir continuent de passer par des réseaux où elles ne sont pas bienvenues. Autrement dit : ce n’est pas l’absence de volonté qui freine les femmes mais l’organisation même du pouvoir local et des voies d’accès à celui-ci. La question n’est donc plus seulement : comment faire entrer les femmes en politique ? Elle est : comment transformer l’exercice du pouvoir pour qu’il leur soit réellement accessible ?
Cela suppose des choix concrets : mieux reconnaître le statut de l’élu local, repenser la répartition des responsabilités au sein des exécutifs, sécuriser les parcours, sanctionner beaucoup plus fermement les violences et les pressions, et surtout, accepter de sortir d’une vision héroïque et sacrificielle du mandat. Car la parité ne se décrétera pas uniquement dans des textes rédigés par ceux-là mêmes qui s’attribuent les postes. Elle se construira dans les conditions réelles d’exercice du pouvoir. Et tant que celles-ci resteront inchangées, les chiffres continueront de donner l’illusion du progrès, pendant que le cœur du pouvoir, lui, restera fermé.




Commentaires