Une subvention n’est ni un droit ni un dû
- 1 juil.
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L’élue régionale Agnès Le Brun revient sur la suppression de subventions du Département du Morbihan au Festival international du film insulaire de Groix et au festival Galettes du Monde.
La liberté de création n’a jamais signifié le droit à la rente publique. Quand Auguste accordait sa protection à Virgile, quand Louis XIV ouvrait les portes du Palais-Royal à Molière, nul ne confondait le mécène et le censeur. Cet amalgame est pourtant devenu le fonds de commerce de certains politiques peu scrupuleux en matière d’honnêteté intellectuelle qui, aussitôt qu’une collectivité révise une subvention, crient à la censure et à la radicalisation.
Mettons les choses à plat : une subvention est un choix — politique au sens le plus rigoureux — qu’opère une collectivité au nom des contribuables qui l’ont désignée par le vote et qu’elle représente. Décider d’attribuer, de maintenir ou de supprimer un financement public, c’est précisément ce pour quoi un exécutif est élu. Un Département ou une Région qui révise ses critères d’attribution culturelle ne se radicalise pas : il gouverne. Confondre les deux délibérément, c’est, de plus, un aveu de faiblesse politique puisque toute argumentation est exclue. Et finalement, comme dit le proverbe enfantin, « C’est celui qui dit qui est ! »
Parce que qui se radicalise au juste ? Ceux qui font des choix budgétaires assumés devant leurs électeurs sans craindre de remettre en question leur mandat ? Ou ceux qui estiment que l’argent public est acquis de droit à certains acteurs culturels et que toute remise en cause d’une subvention constitue une atteinte à la démocratie ?
La vraie radicalisation est pourtant bien dans cette conviction, en réalité profondément antidémocratique, que certaines associations auraient vocation à se présenter à guichet ouvert devant les collectivités et à repartir avec leur dû, sans critères, sans bilan, sans transparence.
Exiger de connaître les bases sur lesquelles les subventions sont attribuées, d’avoir connaissance d’un bilan évalué et rendu public ne sont pas pourtant pas des attaques contre la culture, elles sont le minimum démocratique que tout contribuable est en droit d’attendre, sans tabou.
Molière ne demandait pas à Louis XIV un chèque automatique renouvelable. Il demandait une protection, et il savait qu’elle supposait une qualité, une utilité pour le bien commun. « Macte nova virtute », écrit Virgile dans l’Énéide, « Progresse par ta valeur ». Ce que la puissance publique doit dire à la culture qu’elle accompagne, ce n’est pas « Voici ton dû », c’est « Montre ce que tu apportes ». Enfin, quel manque de respect pour les électeurs qui savent pourtant pour quoi ils votent : pas pour une rente de situation mais pour des élus capables de distinguer ce qui mérite d’être soutenu, et pourquoi.
Contester cette évidence démontre deux choses : une conception discrétionnaire de l’argent public considéré davantage comme une ressource que certains auraient vocation à capter durablement, à l’abri de tout contrôle, plutôt que comme un bien commun à gérer avec discernement. Pire, un positionnement dogmatique qui se résume par « Je suis d’accord avec vous sous condition que vous ne me donniez pas tort ». Une leçon de démocratie en somme.




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