top of page

Sophie Adenot, et après ?

20 août
2 min de lecture

Agnès Le Brun, conseillère régionale de Bretagne, ancienne députée européenne pointe le paradoxe français des filles et des sciences.


Ce mardi 18 août, une Française a ouvert un sas pour la première fois. Sophie Adenot, astronaute de l’Agence spatiale européenne, est sortie dans le vide pour réparer une antenne de l’ISS : elle devient la première Française à réaliser une sortie extravéhiculaire. L’image est belle, et elle sera montrée comme la preuve que les filles peuvent tout faire. Elles le peuvent, de toute évidence. Mais un exploit, si éclatant soit-il, ne corrige pas une statistique. Les filles réussissent mieux le baccalauréat que les garçons, y compris dans les matières scientifiques. Pourtant, à la sortie du lycée, tout se referme : elles ne représentent que 25 % des effectifs des classes préparatoires scientifiques et à peine plus de 10 % des écoles d’ingénieurs les plus sélectives, un chiffre qui stagne depuis vingt ans, malgré les Sophie Adenot, les Claudie Haigneré, les Anne l’Huillier. Ce n’est pas tant un plafond de verre qu’un plancher collant, fait de mille renoncements antérieurs à toute discrimination formelle : l’autocensure dès le collège, le choix des spécialités, l’image qu’on se fait de soi dans une filière où l’on suppose, à tort, n’avoir personne à qui ressembler.

 

Cette autocensure oublie d’ailleurs que la frontière entre sciences et lettres, si étanche dans nos représentations, est une invention récente : Pascal était mathématicien et moraliste, Descartes géomètre et philosophe, et l’Université ne les a durablement séparés qu’avec la spécialisation du XIXe siècle. Rien, dans notre tradition intellectuelle, ne condamnait les esprits à choisir un seul camp. L’exemple ouvre donc une brèche dans l’imaginaire, mais il ne dispense pas de l’effort structurel. Le gouvernement l’a lui-même reconnu en généralisant cette année le plan « Filles et maths », qui vise 20 % de filles en prépa scientifique dès 2026, 30 % en 2030 : qu’un tel plan soit nécessaire mesure à lui seul l’ampleur du problème. Et l’on s’étonnera que les Régions, pourtant en charge de l’information à l’orientation, restent si absentes de cette démarche de promotion.

 

La vraie question n’est donc pas de savoir si les filles réussissent en sciences, mais pourquoi, à niveau égal, elles ne s’y dirigent pas spontanément : le poids des représentations transmises dès le primaire, la composition très masculine des équipes enseignantes en filières scientifiques, l’absence de modèles proches et accessibles, cette conviction diffuse enfin que les sciences dures seraient un territoire à conquérir plutôt qu’un droit à exercer brident cruellement la légitimité de leurs ambitions. La France manque chaque année de plus de 20 000 ingénieurs : ce n’est pas seulement une question de justice, c’est une question de compétitivité nationale. Sophie Adenot a ouvert un sas à quatre cents kilomètres d’altitude. À nous d’ouvrir, sur Terre mais avec le même volontarisme, les portes des prépas et des écoles d’ingénieurs — non pas en nous contentant de célébrer l’exception, mais en démontant, un à un, les obstacles qui la rendent encore nécessaire.

Commentaires


Groupe Hissons Haut la Bretagne - Conseil régional de Bretagne

283 avenue du Général Patton - CS 21101 - 35711 RENNES Cedex 7

logo-region-bretagne.png

Mentions légales - Données personnelles
Copyright © 2023 - Tout droit réservé

  • Facebook
  • Twitter
  • Instagram
  • YouTube
  • LinkedIn
bottom of page