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Pisa : et si on arrêtait de compter les points sans changer les règles ?

11 sept.
2 min de lecture

Agnès Le Brun, conseillère régionale de Bretagne, ancienne députée européenne, défend la nécessité de refonder l’école autour des savoirs fondamentaux.


Les résultats Pisa reviennent, immuables dans leur sévérité : la France recule, année après année, dans les classements qu’elle a elle-même contribué à fonder. Faut-il s’en offusquer une fois de plus, verser la larme rituelle, puis attendre trois ans le classement suivant pour recommencer ? Ou accepter enfin de regarder en face ce que ces chiffres disent, sans filtre idéologique ? Pisa ne mesure pas des compétences abstraites. Il mesure ce que notre école doit à chaque enfant : savoir lire un texte complexe, pas seulement déchiffrer des syllabes ; savoir écrire un raisonnement structuré, pas seulement aligner des mots ; savoir calculer, estimer, raisonner sur des grandeurs.

 

Ces savoirs fondamentaux ne sont pas des vestiges d’un autre siècle. Ce sont les outils premiers de l’émancipation, et leur affaiblissement frappe d’abord les enfants qui n’ont que l’école pour les acquérir.

 

Le problème n’est pas la méthode contre laquelle on croit devoir se battre mais notre incapacité collective à fixer, par la loi et non par circulaire révisable à chaque alternance, un socle exigeant garanti à tous les élèves à l’issue de chaque cycle, et à le faire respecter par des dispositifs de remédiation précoce dès que les évaluations nationales révèlent un retard. Ce socle suppose du temps. Or le temps scolaire français, fragmenté par la multiplication des dispositifs annexes, ne consacre plus assez de plages longues et régulières à la lecture, à l’écriture, au calcul.

 

Restaurer ce temps est une décision simple, peu coûteuse, dont l’efficacité est documentée. Ce socle suppose aussi des enseignants formés à la didactique de ces apprentissages, capables de diagnostiquer une difficulté avant qu’elle ne devienne un décrochage. La formation initiale française, trop académique et trop peu centrée sur ces gestes professionnels, doit être reprise à la racine.

 

Enfin, Pisa nous alerte aussi sur l’esprit critique, cette compétence transversale sans laquelle tous les savoirs restent inertes. À l’heure de l’intelligence artificielle et de la désinformation algorithmique, apprendre à questionner une source, distinguer un fait d’une opinion, n’est plus une option didactique : c’est une condition de la citoyenneté. Je ne crois pas aux grands soirs pédagogiques ni aux réformes clé en main. Je crois à la cohérence et à la constance : des savoirs fondamentaux non négociables, du temps pour les enseigner, des enseignants formés intensivement, une évaluation qui déclenche l’action plutôt que la déploration. C’est ce que je défends depuis plus de vingt ans sur le terrain, et c’est ce que ce nouveau classement Pisa vient, une fois de plus, nous rappeler avec sévérité : il est urgent d’agir, pas de commenter.


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